6. La vie malgré tout
6.5. Plaisirs limités
Le conflit doit mobiliser les énergies et l'on pense que son issue est largement conditionnée par les valeurs morales et physiques de la nation. Tout ce qui peut détourner de l'effort de guerre et affaiblir le corps social est condamné. On commence par l'alcool dont la limitation par la loi du 16 mars 1915 ouvre une période de prohibition relative. Certes, la vente au détail et en gros de boissons alcoolisées à la troupe, mais aussi aux civils, est interdite dans la zone des armées mais à y regarder de plus près on autorise le vin, la bière, le cidre, le poiré, l'hydromel… Seules les boissons supérieures à 18 C° sont prohibées. De surcroît, le lobbying des débitants de Nancy à la fin de 1915 se transforme en véritable révolte dont l'enjeu est plus large : doit-on se plier à l'interprétation militaire de la loi ou la refuser au nom de la légalité républicaine ?
Gagner la guerre, c'est aussi préserver la force physique de la population, à commencer par celle de ses soldats. Le contrôle de la prostitution est inévitable, mais ambigu dans le sens où elle représente à la fois un exutoire pour une masse d'hommes jeunes et la plupart célibataires, et un risque majeur de contamination vénérienne. On intensifie alors le contrôle de l'hygiène des filles « en maison », mais devant l'afflux de femmes seules dans les villes proches du front, les mesures s'orientent vers une loi des suspect(e)s par le moyen de recensements et d’une surveillance accrue.
Plus largement, les plaisirs de la vie de tous les jours sont aussi éprouvés par la guerre, mais pour d'autres raisons. On réduit les heures d'ouverture des commerces et des lieux de spectacle par crainte des bombardements, puis, de plus en plus, par souci de restriction énergétique ; des lieux de sociabilité masculine ferment tel le Grand Cercle de Nancy (29 novembre 1915)… Malgré tout, la population civile marque une forte volonté prégnante de perpétuer l'existence quotidienne, encouragée en cela par la très forte présence militaire.