6. La vie malgré tout

6.2. Bruits et rumeurs

La Meurthe-et-Moselle bruisse de rumeurs et de nouvelles plus ou moins fausses qu'aiguise la proximité du front. Elles émanent des civils, à commencer par les réfugiés, mais également de soldats désireux d'attirer l'attention sur eux. D'où cet étonnant chassé-croisé : le pouvoir militaire impose le contrôle et la censure des correspondances privées dès le 30 août 1915 alors que les autorités de l'État proposent de faire surveiller discrètement les permissionnaires par des policiers en civil dans les principaux lieux publics à partir de décembre.

Dès le début de la guerre, on voit également fleurir de multiples lettres anonymes dont la teneur est à peu près toujours la même : on dénonce tel ou tel pour des propos ou des comportements antipatriotiques, une situation économique qui contraste avec le reste de la population ou une position par rapport à la mobilisation jugée injuste. L'interprétation est difficile : ces lettres fragmentent-elles l'unité nationale pour laisser libre cours à des règlements de compte ou s'agit-il d'exhorter l'État à rétablir l'égalité républicaine ?

À l'ombre de la guerre les croyances gagnent en importance. Ce phénomène se constate dans les manifestations religieuses mais aussi par l'engouement envers le surnaturel. Les voyantes, somnambules et autres cartomanciennes de Nancy sont fichées mais laissées libres d'exercer leur talent sous condition d'un strict respect de l'ordre public.

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