5. L'État tutélaire

5.3. Accueillir / Évacuer

Il est nécessaire de distinguer les « réfugiés » fuyant les atrocités réelles ou supposées des Allemands, des « libérés » qui recouvrent l'appartenance au territoire national après un repli ennemi, ou encore des « rapatriés » renvoyés d'Allemagne ou des territoires conquis. Parmi ces populations mobiles, il faut ajouter les étrangers de pays limitrophes qui trouvent refuge en France. C'est le cas de 325 000 Belges et de nombreux Luxembourgeois. Plusieurs circulaires de décembre 1914 à février-mars 1915 différencient l'accueil des nationaux neutres ou alliés, soumis à l'obtention d'un permis de séjour, des Austro-Hongrois voués à l'évacuation, exception faite d'examens au cas par cas.

L'accueil des déplacés pose de réels problèmes aux autorités en charge de trouver des hébergements, des ressources alimentaires et matérielles à des populations souvent démunies de tout. En dépit des allocations versées par l'État, il est nécessaire que des œuvres privées suppléent à l'aide publique par des dons en nature et un soutien moral. On mobilise également les infrastructures de l'armée, à l'image de la caserne Molitor de Nancy qui accueille les enfants réfugiés, ce qui, ironie de l'histoire, les replace dans un univers militaire à l'origine de leur mobilité forcée et leur fait préfigurer un avenir combattant. À une autre échelle, on peut rappeler l'évacuation de petits Lorrains vers les territoires à l'abri des hostilités (des Alpes-Maritimes aux départements algériens).

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