2. Le soldat, entre vie et survie
2.4. Prisonnier de guerre
Le 31 décembre 1918, l'Inspection générale des prisonniers de guerre comptabilise 8126 soldats meurthe-et-mosellans captifs chez l'ennemi, ce qui, compte tenu des échanges et des évasions, fournit un ordre de grandeur fiable. Pour ces hommes l'emprisonnement représente d'abord une séparation qui évite certes la mort au combat mais les plonge dans un isolement dépressionnaire (le « cafard »). C'est la raison pour laquelle les échanges postaux sont essentiels, en priorité avec la famille mais aussi avec le « pays », c'est-à-dire la commune d'origine qui s'organise en créant des œuvres pour envoyer des vêtements, de la nourriture, de l'argent, des livres…
Au niveau national, on estime que 10% des soldats français ont été faits prisonniers, soit près de 500 000 hommes. Protégés par les conventions de La Haye de 1899 et 1907, ils bénéficient d'un traitement humain mais de droits différenciés selon le grade, ce qui, en d'autres termes, marque la reproduction des inégalités sociales à l'intérieur des camps. Il n'empêche que les familles vivent dans la peur et les rumeurs d'atrocités commises par la barbarie ennemie et colportées par la propagande.
En réalité, la gestion des prisonniers est inégale selon leur nationalité et les situations locales. On observe en effet des taux de mortalité en captivité de 2 à 3% pour les Français et les Britanniques, mais de plus de 10% pour les Russes. Des formes de mauvais traitements existent, conjugués à la malnutrition et aux épidémies. Néanmoins, si la « cruauté allemande » est dénoncée, c'est surtout l'utilisation des prisonniers comme main-d'œuvre dans les kommandos industriels, agricoles, voire militaires, qui fragilise leur état de santé. Le prisonnier perd son statut militaire pour se transformer en travailleur de force contraint. Le contrôle d'organismes internationaux, à l'image de la Croix-Rouge, n'y peut rien changer.