3. Les familles

3.2. Les familles séparées

Les causes de séparation des familles sont plurielles. Bien sûr, la mobilisation éloigne 86 292 Meurthe-et-Mosellans de leur foyer pendant toute la durée de la guerre, mais il faut y ajouter les réfugiés des zones de combat ainsi que les habitants des territoires envahis par l'ennemi. Quelles que soient les causes des séparations, toutes ont en commun de représenter une rupture spatiale. La priorité pour les familles est alors de reconstituer des liens directs par le biais du système postal (sous contrôle croissant de l'autorité militaire) et en dépit des mobilités du combat et du secret des opérations. On prête également l'oreille aux bruits et rumeurs venus du front, pour le meilleur et pour le pire. Au sein des communes rurales en effet, l’affichage et la lecture du « communiqué » officiel quotidien constituent souvent l’unique moyen d’information (ou de désinformation) de la population.

À l'intérieur des ménages, la séparation entraîne une remise en cause de l'ordre familial par délégation de la fonction de chef de famille à l'épouse. C'est sur elle que se concentrent désormais les dimensions économique, domestique, éducative et morale du foyer ; des fonctions qu'entérinent les retours plus ou moins fréquents du permissionnaire. Ces situations ne sont pas sans poser des problèmes puisque la mise en place de ce nouveau système conjugal coïncide avec une surveillance morale accrue de la femme de la part des collatéraux ou des enfants.

La séparation à l'intérieur des familles se retrouve au sein des villes et des villages. Ici, deux phénomènes opposés interagissent : la mise en place d'une solidarité de voisinage qui ne parvient qu'imparfaitement à combattre les facteurs de division liés à la situation des mobilisés (survivants / décédés ; combattants de 1re ligne / détachés spéciaux ; pères de familles nombreuses / célibataires…). De nombreuses lettres de dénonciation en témoignent…

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