4. Les enfants dans la guerre

4.2. Le jeune

L'enfant, et plus encore le petit Meurthe-et-Mosellan, entre dans la culture de guerre selon un processus que certains historiens ont qualifié de « brutalisation ». Quels que soient son âge et son milieu social, la violence du conflit s'impose à lui. Cette violence marque l'environnement quotidien qui est bouleversé par la proximité du front dont les échos visuels et sonores et, de fait, anxiogènes, ne l'épargnent pas, plus encore lorsque le territoire passe sous la main des Allemands, de façon permanente au nord de Pont-à-Mousson, sporadiquement dans les marges orientales du département.

La médiation des adultes ne le protège pas, bien au contraire : l'école assure sa mobilisation patriotique, la religion impose une contrition morale, le travail l'introduit dans l'économie de guerre… Même la famille lui rappelle ses responsabilités nouvelles, sous la coupe des mères et des aïeux en charge de la gestion domestique ou du père qui lui rappelle ses devoirs de sagesse et de travail à travers la correspondance du front.

Au monde des adultes, nul refuge dans l'univers enfantin… Les objets du quotidien (livres, jouets…) et les relations entre jeunes (jeux, loisirs), soit l'ensemble des "cercles de l'enfance", sont pénétrés de références guerrières. La violence lui attribue alors un statut nouveau : au pire, l'enfant est la victime ou l'acteur (par le travail ou la figure du héros) ; au mieux il n'en est que le témoin. Cependant, le conflit ne gomme pas les inégalités de sexe : au poids du travail et du courage imposés à tous, s'ajoute pour les filles celui des tâches familiales et domestiques.

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