5. L'État tutélaire
5.4. Surveiller
La Meurthe-et-Moselle comptabilise 4951 étrangers au début décembre 1915, dont une majorité de femmes (2654) et d'enfants (1232) pour un peu plus d'un millier d'hommes (1065). Différentes mesures leur sont appliquées en fonction du pays d'origine : les ressortissants des pays neutres ou alliés bénéficient d'un permis de séjour accompagné d'un laisser-passer ; les Austro-Allemands sont renvoyés dans les empires centraux ou évacués à l'intérieur de la France. Le cas des Alsaciens-Lorrains est plus complexe : les refoulés des régions annexées sont maintenus dans la zone des armées dans un souci de faciliter leur surveillance, voire, selon les cas, rapatriés par le préfet ou évacués de force par l'autorité militaire. Les adultes masculins, quant à eux, sont incorporés dans l'armée.
Ces mouvements de population rendent plus difficiles les impératifs d'une surveillance généralisée. On se méfie des naturalisés récents d'origine germanique à qui l'on retire la nationalité française depuis le 1er août 1914 et ceux d'âge mobilisable sont évacués vers des îles métropolitaines. Des arrestations sont prévues en cas de soupçon d'espionnage et l'on envoie les suspects à la caserne Thiry de Nancy.
La volonté de contrôle est omniprésente et se vérifie par le carnet B qui cible les individus suspects. À partir de la circulaire du 27 mars 1915, on institue des centres d'évacuation, puis des dépôts de triage sous la double autorité préfectorale (commissaires) et militaire (état-major général). La gratuité des rapatriements est interdite en Meurthe-et-Moselle dans la double optique de freiner les flux et d'empêcher le déplacement d'éléments dangereux, c'est-à-dire les plus pauvres.