6. La vie malgré tout

6.4. Circuler

Durant le conflit, l'ensemble de la Meurthe-et-Moselle (non occupée) est intégrée dans la zone des armées (ZA) séparée de la zone de l'intérieur (ZI) par la ligne de démarcation qui passe au sud de la Lorraine. Ce découpage est plus large que ce que la conscience collective identifie comme le front et l'arrière pour lesquels c'est l'écho des combats, et par là même le degré de danger, qui servent de limite subjective.

Cette zone des armées est sous l'autorité exclusive du haut commandement militaire qui a pour priorité de sécuriser les territoires proches du front, faciliter le déplacement et le ravitaillement des troupes, contrôler les populations afin de limiter l'espionnage ennemi. À ces fins, la zone réservée à l'armée est subdivisée en trois espaces stratégiques. La zone A, dite zone avancée, épouse la ligne de front. C'est là que sont positionnées la Ire armée du général Dubail au sud-est, la IIe de Castelnau autour de Nancy et, dans le Pays-Haut, la IIIe de Ruffey avant qu'elle ne reflue devant l'avancée allemande. Derrière, on entre dans la zone B délimitée de Charmes à Toul par la Moselle. Enfin la zone C s'étend au sud de la précédente. À ce découpage géographique se surajoute une dernière zone, dénommée Z, qui correspond cette fois à un mode de transport, celui du chemin de fer.

Toute une série de mesures réglemente les déplacements sous le pouvoir discrétionnaire de l'armée en appui sur les agents de la force publique. L'état-major en effet distribue les autorisations, le plus souvent temporaires, sous la forme de sauf-conduits, visas et autres permis de circuler (bleu pour les automobiles, vert pour les bicyclettes…), qui peuvent également être délivrés par les communes, en fonction de leur localisation et de leur éloignement de la ligne de feu. Cependant, l'on se rend vite compte du paradoxe de filtrer les mobilités en l'absence de documents officiels établissant l'identité de la personne. C'est la raison pour laquelle les différents documents combinent le statut social, des données physiques et civiles, voire, en dernière mesure, la nature et le tracé du déplacement. Pour les contrevenants, le risque est grand de s'exposer à la double menace des justices civile et militaire.

«
»