3. Les familles

3.1. Le rôle de la femme

La guerre transforme le statut de la femme aux différents degrés de son existence. C'est le cas des mères qui cumulent les pesanteurs sociales, pesanteurs matérielles d'abord puisqu'il s'agit d'assurer la survivance du foyer dans une société où, si l'on ne meurt pas de faim, on souffre du froid et des privations. Poids moral ensuite puisque, pour ce qui concerne les épouses, l'éloignement temporaire ou définitif du mari oblige à une conduite irréprochable, lestée de la potentialité du veuvage.

Pour les plus jeunes, l'horizon du célibat domine mais il est compensé par des formes nouvelles d'émancipation et d'autonomie. Comme pour leurs aînées, celle-ci se traduit par l'accès à de nouvelles responsabilités professionnelles, des emplois de l'agriculture ou de l’industrie (comme pour les hommes mais moins qualifiés) jusqu’au secteur tertiaire qui se féminise profondément. S'y ajoutent un relâchement des mœurs attisé par la "frontière des sexes" de part et d'autre du front et une transformation des codes vestimentaires (disparition symbolique du corset).

La femme demeure un modèle tout au long de la guerre : celui de la mère, symbole de régénérescence du pays et de la continuité des valeurs patriarcales auquel s'oppose celui de la femme moderne, dangereuse car autonomisée. Pour l'ennemi, la femme peut devenir un enjeu dans le contexte d'une guerre totale gommant les barrières entre militaires et civils. D'où la réquisition du corps féminin par le viol ou le travail forcé, son assujettissement par les déportations et la prise d'otages (comme en témoignent les récits des expulsés du Pays-Haut ou des évacués des combats de 1914 rapportés par les autorités françaises).

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