2. Le soldat, entre vie et survie
2.3. Le permissionnaire
1915 inaugure le retour des permissions, supprimées dès l'entrée dans une guerre que l'on croyait courte. À partir du 30 juin, le haut commandement attribue arbitrairement de 6 à 8 jours de congé en fonction des impératifs du front. L'enjeu est de taille : d'un côté il faut mettre en place des moyens logistiques considérables (complètement improvisés dans un premier temps), gérer la relève dans un contexte de pénurie d'hommes ; de l'autre, la pression des mobilisés et des civils est telle que l'on craint l'effondrement moral (et démographique) du pays.
Les permissions cristallisent les tensions entre le pouvoir militaire qui a autorité sur le soldat et les autorités civiles qui émanent du citoyen-combattant. De même, elles révèlent crûment les injustices de traitement dans la guerre et, au-delà, les inégalités sociales. Les mobilisés de l'arrière, les affectés spéciaux bénéficient ainsi de congés perçus comme autant de privilèges par les combattants de 1re ligne avec, entre les deux, l'immense hétérogénéité des blessés de guerre à titre définitif ou provisoire.
Le relatif assouplissement au fur et à mesure du conflit débouche sur un maximum de 60 jours de permission sur plus de 4 ans de guerre. Ces deux mois, divisés en courtes périodes, sont vécus le plus diversement possible selon l'éloignement du foyer, le statut familial, l'activité professionnelle, la personnalité du soldat… Néanmoins, la permission représente pour tous un "retour à la vie", un exorcisme de la guerre qui, paradoxalement, ont pu se traduire par une incompréhension mutuelle entre le civil et le militaire.