5. L'État tutélaire
5.1. La continuité administrative
Maintenir dans la guerre les infrastructures de l'État est un impératif, à la fois parce que la continuité administrative est une condition de la victoire mais aussi du fait de la suspension des élections qui en assureraient le renouvellement. Cette continuité commence pourtant par un parachutage volontaire en zone des armées, celui du commissaire du gouvernement en charge de l'assistance et de l'hygiène publique Léon Mirman (1865-1941). Cet ancien député de la Marne remplace Georges Reboul (1863- ?) à la tête de la préfecture de Meurthe-et-Moselle du 10 août 1914 au 11 novembre 1918 et impose d'emblée sa marque par sa détermination et sa volonté de résider à Nancy avec sa famille par-delà la menace allemande.
Au niveau inférieur des communes, la mobilisation impose un renouvellement des édiles. Si le vivier de recrutement ne change pas (la notabilité locale), on assiste néanmoins à un vieillissement des maires non soumis aux obligations militaires. L'exemple de Gustave Simon (1868-1926) en témoigne : âgé de 46 ans, il devient maire de Nancy le 23 août 1914 à la place de Joseph Laurent (1870-1955), appelé sous les drapeaux.
Les fonctions d'édile en temps de guerre sont lourdes. Il faut assurer la continuité des services (à commencer par l'obligation de retenir les personnels), incarner auprès des administrés des qualités de courage et de compétence, s'interposer entre l'occupant et les civils au péril de sa vie (emprisonnement, désignation comme otage, exécution arbitraire…).