2. Le soldat, entre vie et survie
2.1. La vie dans la tranchée
La Grande Guerre s'identifie à la "guerre des tranchées", ne serait-ce que par l'imprégnation à vie des soldats qui ont connu cette forme inédite de combat. En réalité, chaque poilu en a partagé une expérience différenciée en fonction du niveau de dangerosité (le passage en tranchée de 1re ligne est temporaire), de l'alternance de périodes au front et à l'arrière (permissions, entraînement, hospitalisation) et, bien évidemment, de la situation sur la zone d'affrontement (la mortalité en Meurthe-et-Moselle diminuant après le Grand-Couronné et le Bois-le-Prêtre).
Une « culture » de guerre est commune à tous, de même que la naissance d'une « fraternité » des tranchées même si elle fut largement mythifiée par la propagande et après la victoire. Cette « communauté d'esprit » se fonde sur l'isolement du front par rapport à l'arrière (allant parfois jusqu'à un sentiment de trahison de la part des civils) et un destin de vie commun fait de l'expérience des combats et des difficultés de la vie quotidienne.
Celle-ci est marquée par la situation d'inconfort dans laquelle est placé le corps humain, physiquement (épuisement, saleté, maladies…) et moralement (anxiété, solitude morale et sexuelle…). Un corps, soumis à la toute-puissance des aléas climatiques, plonge, de manière paradoxale, une majorité de paysans-soldats dans un univers de boue. À cet égard, la situation française est la pire puisque les tranchées sont considérées comme temporaires à la différence des lignes allemandes construites durablement.
Les débats historiographiques peinent aujourd'hui à départager le consentement ou la contrainte du soldat face à la guerre. Il est à noter qu'il n'y a pas eu, certes, en Meurthe-et-Moselle de mutineries collectives, mais néanmoins des fusillés pour l’exemple (le premier de la guerre, le chef de bataillon Frédéric-Henri Wolff, fut passé par les armes à Remenoville le 1er septembre 1914). Par ailleurs, la guerre n'abolit pas les différences sociales qui se perpétuent à la fois par la position dans la chaîne de commandement et par les conditions d'existence au quotidien.