2. Le soldat, entre vie et survie
2.2. Oublier la guerre
La guerre totale exclut toute possibilité d'échapper à son emprise, tant pour les civils que, plus encore, pour les combattants. Pour tous, ce sont les liens familiaux qui représentent le premier refuge. Reste que les soldats ont développé des comportements à même de transfigurer la réalité du conflit ou de l'éloigner, comportements paradoxaux puisqu'ils rendent possible la poursuite du combat. L'attitude spontanée est le repli dans la foi (majoritairement chrétienne, le plus souvent monothéiste, parfois animiste) ou la superstition. On y décèle la volonté de se placer sous la protection d'un principe supérieur qui annihilerait les lois des hommes.
Cet oubli de la guerre passe également par la recherche d'une normalité existentielle, c'est-à-dire la reproduction des gestes et attitudes de la condition civile. L'artisanat (plus rarement l'art) des tranchées en est un exemple qui perpétue les savoir-faire de l'ouvrier et de l'artisan ; à l'opposé du spectre social, c'est l'écriture qui joue pour l'intellectuel ce rôle d'exutoire. Retrouver la vie d'avant ou d'après la guerre, c'est aussi reprendre sa place dans l'ordre social sexué qui, indépendamment des liens de famille, peut s'exprimer par l'idéalisation de la figure féminine dans la pluralité de ses formes (de l'épouse à la prostituée).