6. La vie malgré tout
6.1. La guerre en arrière-plan
La guerre représentait un horizon d'attente pour les Meurthe-et-Mosellans depuis l'annexion de 1871. Elle prend désormais la forme d'un nouveau paysage visuel, sonore, sensible qui ne les quittera pas durant presque cinq ans. On peut d'abord en distinguer les échos directs sous la forme d'une perception plus ou moins violente des combats (bruit de canonnade, vision ou récits d'affrontements, de survols ennemis…). S'y ajoutent les traces indirectes qui commencent par une militarisation de l'environnement familier : la figure du soldat est partout, de la sphère privée à l’espace public.
Les comportements s'en trouvent inévitablement affectés. En creux, le vide affectif laissé par le départ des mobilisés touche toutes les strates sociales. Au-delà, le quotidien se transforme par l'intériorisation d'un temps militaire : on vit au rythme des alertes et des couvre-feu, on projette une fin plus ou moins proche du conflit au gré des bulletins de victoire ; enfin, l'Union sacrée force chacun à déterminer son degré d'engagement. Les frontières entre mobilisation militaire et civile s'estompent, c'est là l'une des principales caractéristiques de la guerre totale.