1. La guerre en 1915
1.3. L'occupation allemande
À partir de la mi-août 1914, la Ve armée du Prince impérial s'empare du nord de la Meurthe-et-Moselle à la suite du mouvement tournant engagé en Belgique et après que l'armée française a abandonné l'idée d'y organiser un camp retranché face à celui de Metz. Briey est pris le 25 août, Longwy écrasé sous de terribles bombardements le 26. Tout le Pays-Haut est entre les mains des Allemands et connaît pendant plus de quatre ans la double souffrance d'une région ravagée par les combats et prisonnière des Impériaux.
C'est un territoire vidé de ses habitants qui entre sous le joug allemand, en premier lieu par l'évacuation de civils à la déclaration de guerre et le départ de dizaines de milliers d'Italiens suspects d'appartenir à la Triple Alliance (80 000 pour le seul bassin minier de Briey), puis par la politique, menée par l'occupant, d'évacuation forcée, de transferts dans le Reich ou d'expulsion des plus faibles vers la France. Briey ne compte plus ainsi que 40% de sa population en 1918 !
Le Pays-Haut devient une subdivision de Thionville sous la double autorité des militaires (la Kommandantur de place dont dépendent celles dites des étapes) et des civils (le Kreis de Thionville sous l'autorité du Cercle de Metz). L'occupation se traduit par des violences motivées par la peur des "francs-tireurs" de 1870, violences à la fois physiques (exécutions, prises d'otages, boucliers humains…) et morales (la rupture avec la France, les familles séparées…). Les conditions de vie se dégradent rapidement sous le poids de l'arbitraire, des réquisitions, du logement forcé des troupes, des pillages et du travail obligatoire. Des transferts de population sont alors ordonnés pour alléger la charge alimentaire et fournir à l'effort de guerre une main-d'œuvre servile déportée dans des camps de travail en Allemagne où se mêlent civils et droits communs.
L'asservissement du nord de la Meurthe-et-Moselle symbolise le passage à la totalisation du conflit et préfigure la systématisation de la violence à l'encontre des civils lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle crée un traumatisme profond au sein de populations affaiblies qui n'ont pu subsister que par le biais de l'aide extérieure : l'américaine Commission for relief in Belgium, le Comité national de secours et d'alimentation ou encore le Comité d'alimentation du nord de la France (établi à Montmédy au printemps 1915).