Juillet 1573

Quaterne de la dépense faite par le duc et la duchesse de Lorraine – dépenses en présents (juillet 1573)

(Archives départementales de Meurthe-et-Moselle, B 1162)

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Présentation et contextualisation générale :

La trésorerie générale de Lorraine regroupe la comptabilité du duc et de sa maisonnée. Les comptes rendus par la trésorerie sont des sources de première main, fiables, pour comprendre les habitudes de dépenses de la Maison de Lorraine, et donc leur train de vie.

Or, à l’époque moderne, les familles aristocratiques, et particulièrement les familles princières et régnantes, se doivent de montrer et afficher leur statut social pour démontrer leur noblesse, leur goût et donc leur valeur et leurs vertus, qui les rendent aptes à gouverner. Jonathan Dewald parle de « consommation ostentatoire ». Ainsi, les bijoux, mais aussi plus largement les vêtements faits de tissus rares et précieux, permettent d’afficher un statut social, un rang, mais aussi une richesse, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Cet apparat curial est d’autant plus important ici que le duc, Charles III de Lorraine (1545-1608), est alors marié à Claude de France, fille d’Henri II de France (1547-1559) et sœur du roi régnant Charles IX (1560-1574). Le duc est alors uni à une fille de France, et est donc lié au roi par son intermédiaire. Les dépenses en diamant et en or doivent contribuer à afficher un rang digne d’un duc affilié à une des familles les plus puissantes d’Europe, mais elles contribuent également à alimenter la démonstration de la souveraineté de la Maison de Lorraine et son indépendance. En 1573, l’État ducal est en pleine construction et le pouvoir lorrain cherche à imposer l’autorité souveraine du duc sur toutes les terres de son obédience.

Cependant, les dépenses du duc et de la duchesse tendant également à entretenir un réseau de fidélité, dont les cadeaux sont, en partie, les moteurs. En effet, le prince donateur devient protecteur ou ami. Ses cadeaux obligent et créent un lien entre le donateur et le récipiendaire. La nature de ce lien et la signification d’un cadeau peuvent changer selon le contexte et selon le rang de la personne le recevant, mais il est toujours vecteur de liens. Ainsi, les cadeaux faits à des membres de la Maison de Wittelsbach, en Bavière, ont pour but de resserrer les liens entre le duché de Bavière, puissant bastion catholique du Saint-Empire face à la Réforme, et le duché de Lorraine, lui-même bastion catholique dans l’espace rhénan. Ce renforcement est d’autant plus logique que la sœur de Charles III, Renée de Lorraine, est mariée depuis 1568 à Guillaume de Bavière (futur Guillaume V, 1579-1597), fils d’Albrecht V de Bavière, opposé à la Réforme luthérienne. Les cadeaux faits à des membres de sa Maison renforcent les liens avec elle, mais permet sans doute également au duc d’assurer des soutiens et des contacts Munich.

Références :

Analyse et traitement informatique de la langue français (ATILF), Dictionnaire du moyen français, CNRS, Université de Lorraine [base de données en ligne sur le site du laboratoire ATILF, consulté le 8 novembre 2024,

URL : https://www.atilf.fr/ressources/dmf/ ].

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Dewald Jonathan, La famille Rohan, 1550-1715. Statut, pouvoir et identité dans la France du début de l’époque moderne, Rennes, presses universitaires de Rennes, 2025.

Chapitre IV. Contextes matériels : fortune, revenus, stratégies, pp. 161-212.

Chapitre V. Familiers et serviteurs : l’aristocratie en tant que pratique collective, pp. 213-248.

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URL :  https://books.openedition.org/pup/5514?lang=fr ].

Fersing Antoine, Idoine et suffisant. Les officiers d’État et l’extension des droits du Prince en Lorraine ducale (début du xvie siècle-1633), thèse de doctorat d’histoire de l’université de Strasbourg, soutenue sous la direction d’Antoine Follain, Strasbourg, 2017.

Godefroy Frédéric, Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, Paris, Classiques Gernier, 2002 [en ligne sur le site de l’éditeur].

Schaub Marie-Karine, « Le cadeau diplomatique à l’époque moderne : au croisement des relations internationales et de l’histoire matérielle », dans Parlement(s). Revue d’histoire politique, hors-série 18, 2023, n°. 3), pp. 19-32.