5. L'économie quotidienne

5.3. L'activité commerciale

Activité urbaine par excellence, le commerce en Meurthe-et-Moselle (exception faite de la partie sous domination allemande) connaît une situation paradoxale pendant la guerre. Des facteurs encouragent le volume des échanges comme l'arrivée massive des réfugiés des territoires occupés, l'afflux des Mosellans et Alsaciens expulsés, la présence en masse de la troupe ou un réseau de transport maintenu en l'état. C'est Nancy qui en profite le plus car son dynamisme d'avant-guerre a renforcé sa position de plaque tournante dans les circuits de distribution.

Cependant, d'autres causes jouent en sens inverse. La proximité du front, d'abord, qui place la ville sous le feu des bombardements ennemis, sa localisation en zone des armées qui filtre les déplacements et des facteurs plus généraux qui affectent l'économie globale. Parmi ces derniers, l'approvisionnement prioritaire des combattants, la désorganisation des circuits internationaux et le passage à l'économie de guerre génèrent rationnements et pénuries.

La situation des Magasins réunis de Nancy pendant la guerre est significative. "Plus grand bâtiment provincial de France" selon son promoteur, l'établissement d'Eugène Corbin est touché le 16 janvier 1916 par une bombe incendiaire qui le détruit en grande partie. Trois millions de francs sont rapidement engagés pour sa réorganisation (reconstitution des stocks, transfert vers de nouveaux locaux) et l'activité reprend vaille que vaille. Néanmoins, l'événement permet à la direction de faire pression sur le maire Gustave Simon en décembre 1916 afin d'obtenir l'autorisation de demeurer éclairé jusqu'à 19 heures, voire 19h 30, et d'avoir quelque assurance sur le fait que de nouveaux "obus boches" ne tomberont plus sur la ville. En jeu, Corbin fait peser le départ de nombreux employés payés 26 000 francs mensuels et les quelque 500 000 francs versés aux familles des salariés mobilisés.

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