2. Les usines en guerre

2.4. La situation des territoires envahis

La situation des territoires envahis distingue de fait les régions sous contrôle allemand pendant toute la durée du conflit de celles passées un moment donné à l'ennemi avant que l'évolution de la ligne de front ne les réintègre dans le giron national. C'est le cas de l'arc Pont-à-Mousson – Lunéville – Badonviller où parmi les 31 260 ouvriers (non mobilisés) de la grande et moyenne industrie, les deux tiers sont touchés par le chômage du fait des destructions partielles ou totales, mais aussi de la menace potentielle entretenue par la proximité du front. À ces causes directes, s'ajoutent indirectement les pénuries de main-d'œuvre et de matières premières, mais aussi la désorganisation des échanges induite par les nombreuses destructions d'infrastructures de communication.

Dans les régions d'occupation permanente, l'état des entreprises est plus ou moins connu selon l'importance du personnel d'encadrement et de production resté sur place. Certaines entreprises maintiennent une activité vaille que vaille bien qu'elles souffrent, plus encore que leurs homologues de Meurthe-et-Moselle restée française, de la rupture totale des circuits d'approvisionnement et de vente. Leur intégration dans l'économie du Reich est envisagée à terme même si leur capacité productive est gravement affectée par les réquisitions de l'armée impériale, c'est-à-dire une forme déguisée de pillage légal.

Pour celles laissées sans personnel de maintenance, l'accaparement est total, tant dans l'outillage qui est transféré en Allemagne qu'au niveau des infrastructures qui sont démantelées pour leur valeur comme matière première.

Face à cette situation, les industriels repliés en France non occupée créent le lobby lorrain de l'Association centrale pour la reprise de l'activité industrielle dans les régions envahies, dont le siège est établi 7 rue de Madrid à Paris. Ses objectifs s'inscrivent dans une perspective de victoire car il ne s'agit rien moins que de reconstituer l'appareil technique (outillage et stocks), réorganiser la main-d'œuvre et mettre en place les adjuvants financiers (paiement des bons de réquisition, conditions d'emprunt et d'indemnisation). À ce titre, la mise en place de l'Office de reconstitution industrielle des départements victimes de l'invasion, par la loi du 6 août 1917, pourvoit de manière centralisée aux premières phases de reconstitution matérielle des entreprises.

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