3. Trois entreprises, trois situations
3.2. Délocaliser la production : la scierie Bonnette et Aerts
C'est par la réponse du 8 juillet 1916 apportée à l'enquête préfectorale que nous connaissons le quotidien de la scierie de Lucien Bonnette et Paul Aerts située à proximité de Pont-à-Mousson. La guerre se manifeste en premier lieu par l'importance et la régularité des bombardements qui affectent tant l'appareil productif (destruction des infrastructures et de l'outillage), que l'habitation du propriétaire. S'y ajoute l'interruption de l'approvisionnement en matières premières puisque les forêts, malencontreusement situées au Bois-le-Prêtre et dans l'arc du Grand Couronné, sont entièrement dévastées. Quant à la conséquence des réquisitions allemandes, elle est plus psychologique qu'économique du fait d'une occupation qui ne dure que cinq jours (subtilisation de 1 000 francs de marchandises et de l'automobile). Ce n'est pas le cas des prélèvements de l'armée française qui s'attaquent cette fois aux installations de transport du bois, très certainement pour les transplanter sur le champ de bataille du Bois-le-Prêtre.
Les difficultés du temps ne portent pas à l'optimisme comme l'attestent l'incapacité de Lucien Bonnette de projeter une reprise d'activité à l'après-guerre… et le refus de compléter le questionnaire préfectoral jugé inutile ! Pourtant, il ne reste pas les bras croisés. La délocalisation de l'entreprise est réalisée par le transfert des charpentes et de l'outillage à Coussey dans les Vosges, à un jet de pierre du village natal de Jeanne d'Arc. Là, on reconstitue les apports en bois, de même qu'une main-d'œuvre locale sera recrutée dans l'attente de la réparation des machines-outils.
La société Bonnette et Aerts sera néanmoins incorporée, à l’issue de la guerre, avec ses dommages de guerre, à la Société d’exploitation et de traitement des bois, dont le siège social est à Paris, et dont Lucien Bonnette et Paul Aerts contribueront au capital social.
Au final, l'exemple de la scierie Bonnette-Aerts illustre la situation des entreprises dont la taille modeste leur permet une réactivité forte face aux événements. Une réactivité qui passe par la solution d'un départ de la zone du front et s'accompagne par un état d'esprit défiant envers l'État. L'esprit frondeur à l'égard du préfet ainsi que l'impuissance supposée du député Louis Marin en témoignent.