4. Au travail !

4.1. La mobilisation de l'agriculture

Au regard de la composition de la société française en 1914, le poilu est très majoritairement un paysan dont la mobilisation sur le front prive de ses bras l'économie rurale. La mise à contribution des femmes, des jeunes et des aïeux ne pallie qu'en partie cette situation difficile. C'est pourquoi le département se voit attribuer par l'armée 500 travailleurs militaires (sur les 800 demandés) dont les contingents proviennent de Savoie, d'Isère et de Bretagne. En mai 1916, Le Bon Agriculteur, organe de la Société d'agriculture de Meurthe-et-Moselle, n'en déplore pas moins autant l'insuffisance des effectifs que la "qualité laissant à désirer" de cette main-d'œuvre exogène. On condamne ainsi son manque d'adaptabilité aux méthodes du travail lorrain, ses excès de fatigue et, sacrilège ! son sentiment "d'être mal nourri dans nos campagnes"…À l’inverse, l’autorité militaire s’insurge contre les prétentions jugées exorbitantes de certaines communes en matière de réquisition de main-d’œuvre militaire.

Si l'occupation de la moitié nord de la Meurthe-et-Moselle fait baisser la production globale, la guerre ne redistribue pas fondamentalement les cartes de l'usage des sols. Prenons l'exemple de l'arrondissement de Nancy où la répartition est la suivante :

 

1912

1916

cultures

49,3%

48,2%

prairies, herbages

13,7%

16,3 %

vignes

1,3%

1,2%

forêts

26%

22,2%

autre

9,7%

12,1

On observe en effet une quasi-stabilité de la part des terres mises en culture ou consacrées à la vigne qui représentent toujours la moitié des surfaces rurales. Le pourcentage de terres d'élevage augmente, certes, mais sans qu'il soit possible d'en déduire une conséquence de la baisse des forêts, celles-ci pouvant, sous l'effet des destructions, passer dans la rubrique "autre".

Dans le détail des productions, l'avoine et le froment dominent (respectivement 39% et 37% des surfaces), le quart restant se distribuant entre pommes de terre et betteraves (17%), suivies du seigle, de l’orge, des féveroles et des légumes secs… En ce qui concerne l'élevage, les réquisitions militaires expliquent le nombre des chevaux, ânes et mulets qui représentent 21% des quelque 47 271 animaux recensés. Une importance qui ne remet pas en cause le poids de l'élevage bovin (14 790 têtes, soit un tiers du cheptel).

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