4. Au travail !
4.2. Les femmes au travail
La mobilisation des forces vives masculines crée un appel d'air en faveur du travail des femmes, encouragé par la puissance publique. À cet effet, le sous-secrétaire d'État chargé de l’Artillerie et de l’équipement militaire, Albert Thomas, centralise les besoins des producteurs par l’intermédiaire de la 1re section du Service ouvrier en leur demandant de faire connaître les conditions d'âge, de vigueur, de charge de famille exigibles des intéressées, mais aussi les salaires offerts et les conditions de logement (ces dernières devant répondre aux normes morales de l'époque). Il ne s'agit rien moins que de planifier les mobilités du travail au niveau national en utilisant les relais des annonces de presse et de l'affichage en préfecture ou en mairie. On le voit, au transfert massif des hommes mobilisés sur le front correspond son pendant féminin, d'ampleur certes moindre, mais qui ne participe pas moins à un gigantesque brassage social et à une fragilisation des solidarités traditionnelles. Le même Albert Thomas contribue à la création, en avril 1916, d’un Comité du travail féminin, chargé de coordonner l’organisation du travail des femmes et particulièrement actif jusqu’en 1917.
L'image des femmes remplaçant les hommes mobilisés dans les différentes activités économiques s'incarne dans la figure de la "munitionnette". Une image qu'il convient cependant de moduler. Ainsi, pour la Meurthe-et-Moselle, le contrôle militaire de la main-d'œuvre recense 3419 ouvrières dans les usines travaillant pour la Défense nationale en 1916, ce qui, somme toute, ne représente que 28,5% du total, la partie majoritaire des effectifs étant composée d'affectés spéciaux ou de travailleurs étrangers.
Le moindre niveau de qualification féminin mais aussi une propagande qui assigne à la femme des missions essentielles mais par trop contradictoires expliquent ces distorsions. En effet, entre la gestionnaire de l'économie familiale, la détentrice du sursaut démographique par le biais de la procréation et la gardienne des valeurs morales, il n'est pas évident pour elle de toujours trouver sa place dans l'industrie. De surcroît, lorsque le monde industriel s'identifie à celui de la ville et au prolétariat, ces deux environnements sont jugés délétères pour les célibataires et les femmes restées seules dans l'attente de leur mari.