3. Trois entreprises, trois situations

3.1. Le démantèlement des aciéries de Longwy

La capitulation de Longwy le 26 août 1914 permet aux Allemands de prendre possession des usines des Aciéries de Longwy, situées à Mont-Saint-Martin. Dès lors, de septembre 1914 à novembre 1916, l'occupant se concentre dans un premier temps sur un objectif de spoliation. On ne touche cependant pas aux capacités productives car la perspective d'une annexion future n'est pas loin. Le 22 octobre 1914, c'est la Schutzverwaltung der französischen Bergs und Hüttenbetriebe, l'euphémisante "Société de protection des mines et usines françaises" qui se charge de réquisitionner les matières premières destinées à l'Allemagne et de contrôler la production pour l'orienter vers leurs homologues rhénanes.

En dépit des réquisitions, l'entreprise jouit d'une relative liberté initiale avant que des mesures coercitives de l'administration allemande ne s'abattent progressivement sur la direction et le personnel restés sur place. À partir du 13 mai 1916, la mise sous tutelle est complète, parallèlement à une montée en puissance des inventaires, puis des transferts de matériel lourd vers le Reich.

Au mois de novembre 1916, l'échec allemand à Verdun est patent et l’horizon d'une victoire s'éloigne à grands pas. On passe cette fois à une politique de la terre brûlée où l'enjeu est de détruire le potentiel industriel de la France dans la perspective de la défaite. La nouvelle administration (la Rohma, Rohstoffe und Maschinenverwertungsstelle) est impitoyable : des prisonniers français et russes sont chargés de détruire le matériel et les infrastructures, le personnel est soumis à l'arbitraire des taxations et des arrestations, le directeur des Aciéries, Alexandre Dreux, passe plusieurs fois devant un conseil de guerre. Au 16 novembre 1918, le départ des Impériaux laisse place à un spectacle de désolation : 180 000 tonnes de matières premières et 80 000 tonnes de matériel ont disparu.

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