2. Les usines en guerre
2.2. L'incomplète reconversion
Nancy est un centre de production important dans les diverses branches des biens de consommation (textile, chaussures…) et d'équipement à travers un dense maillage d'ateliers et d'unités de production de tailles diverses. La possibilité de créer des unités à grand rendement pour l'équipement du poilu (uniforme, linge de corps…) est réelle, en appui sur la mobilisation d'une main-d'œuvre féminine nombreuse et des locaux existants. L'effort de guerre n'en est pas moins limité par l'irrégularité des commandes militaires, aussi bien dans le textile, la sidérurgie que la mécanique.
De plus, la capitale de la Lorraine non annexée est mise en concurrence avec les centres de production urbains du reste du pays par l'absence d'uniformisation des prix payés par l'armée (très insuffisants à Nancy selon les industriels). S'y ajoute une incomplète mise en réseau des producteurs.
Prenons l'exemple de l'entreprise de construction métallique Diébold à Nancy. Depuis le début de la guerre, le prix des matières premières a fortement augmenté (multiplié par 2,6 pour la tôle d’acier) et des goulots d'étranglement se sont formés : l'intégralité de la production sidérurgique est destinée en effet à l'effort de guerre, d'où l'incapacité pour Emile Diébold et l'ensemble des industries en aval de se voir livrer leurs approvisionnements usuels. Ajoutons à cela l'épée de Damoclès constituée par les inventaires d'outillage réalisés par l'armée et qui forment l'étape préliminaire d'hypothétiques réquisitions.