5. L'économie quotidienne

5.2. Pénurie et hausse des prix

Le passage d'une économie libérale à une économie de guerre semi-dirigée bouleverse le quotidien des Français. La demande en termes de biens d'équipement et de consommation pour l'armée explose aux dépens des besoins ordinaires des populations de l'arrière. La vie chère en est la conséquence directe en lien avec des pénuries qui affectent moins les campagnes que les villes où l'on voit se former d’interminables queues devant les magasins.

Le contrôle par l'État de l'approvisionnement est strict, les manifestations de ménagères représentant un danger potentiel pour la bonne poursuite de l'effort de guerre. Des cartes de rationnement du pain, du charbon, élargies ensuite à d'autres produits de première nécessité, sont instaurées dès l'hiver 1914. Parallèlement, des arrêtés imposent des limitations de la consommation d'énergie électrique et de gaz, ce qui avance inévitablement les heures de fermeture des commerces, déterminées pour le département à 18 heures à compter du 20 novembre 1916. Les prix, quant à eux, sont limités par des maxima dont l'efficacité à lutter contre l'inflation est relative dans un contexte de dépréciation continue de la monnaie fiduciaire.

En parallèle de ces mesures affectant l'offre, on joue sur la demande par une propagande invitant aux restrictions volontaires. La détérioration des conditions de vie est identifiée comme le pendant naturel des sacrifices consentis par le père ou le mari sur le front. Il n'en reste pas moins que la conscience collective dénonce des privations inégalement réparties. Comme partout ailleurs, les Meurthe-et-Mosellans condamnent profiteurs et autres mercantis, sans pour autant donner à leur réprobation l'expression d'une contestation politique structurée.

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